Chronique balinaise : rizières, moto et dauphins

Dix jours de vacances au milieu d’un voyage au long cours, ça peut sembler étrange, non ? Et pourtant, Bali s’est imposée comme une escale parfaite. Située pile entre la Chine, où nous venons de passer un mois, et Darwin, notre porte d’entrée en Australie, cette île paradisiaque était sur notre chemin. Mieux encore, les vols entre Bali et Darwin sont directs : en à peine 2h20, nous serons en Australie, sans escale.

Tout cela mis bout à bout nous a convaincus de faire une petite pause ici, sur cette île de rêve. Une pause qui, pour être honnête, est devenue une sorte de tradition pour nous: c’est la troisième fois que nous posons nos valises à Bali au cours d’un plus long voyage.

Bali, c’est l’une des 17 000 îles d’Indonésie, mais elle a quelque chose d’unique. Ce n’est pas seulement à cause de ses plages dignes des plus belles cartes postales ou de ses rizières verdoyantes à perte de vue – bien qu’elles soient magnifiques, qu’on se rassure. Non, ce qui fait la magie de cette île, c’est son âme.

L’âme de Bali : un équilibre fragile entre nature, homme et divin

L’hindouisme règne à Bali, au cœur d’un pays majoritairement musulman. Mais ce n’est pas qu’une question de religion. Ici, c’est une philosophie de vie, un équilibre subtil entre traditions et spiritualité. C’est quelque chose de difficile à expliquer, tant cette manière de penser diffère de notre quotidien d’Occidentaux. Il faut le vivre pour le comprendre – et non, pas depuis le confort d’un hôtel cinq étoiles.

Les Balinais ne considèrent pas la nature comme un simple décor à leur quotidien. Pour eux, la nature est une entité vivante avec laquelle ils cohabitent. Tout dans leur environnement est sacré : le soleil qui éclaire leur journée, les arbres qui les abritent, le vent et les marées. La nature, ici, est au centre de tout et perçue comme une manifestation du divin.

Chaque matin, ils déposent des offrandes devant leur maison, dans les temples et même au bord des routes. Ces petites corbeilles tressées, remplies de fleurs, de riz et d’encens, honorent les divinités tout en maintenant l’équilibre fragile entre les forces du bien et du mal. C’est une manière de témoigner leur gratitude et de rappeler que l’harmonie entre l’homme et la nature est précieuse – une notion que, nous, Européens, avons parfois trop oubliée.

Les temples, véritables cœurs spirituels de chaque communauté balinaise, vibrent au rythme des cérémonies et des fêtes religieuses.

Nous avons eu la chance d’assister à une cérémonie de pleine lune dans un petit temple local. Celui-ci, magnifiquement décoré de tissus blancs et jaunes, était illuminé par des lanternes et des bougies. Les fidèles, vêtus de beaux sarongs, apportaient des offrandes : des pyramides de fruits, des fleurs et des pâtisseries. Toute la cérémonie était empreinte de chants, de mantras et du son envoutant du gamelan, l’orchestre traditionnel balinais.

C’est peut-être ça, le secret de Bali : cette capacité à tisser un lien indéfectible entre l’homme, la nature et le divin.

Retour à Bali : entre émerveillement et petite déception

Je vous l’ai dit, c’est notre troisième passage ici. Cette fois, nous avons exploré trois grandes zones.

Il y a 15 ans, Suzanne et moi étions tombés sous le charme d’Ubud. Une petite ville paisible, entourée de rizières, un véritable havre de sérénité où le temps semblait s’écouler plus lentement. Mais aujourd’hui, il faut bien l’admettre, Ubud n’est plus tout à fait la même.

Le tourisme a complètement transformé la ville. Le trafic y est devenu infernal – il n’y a qu’une petite route à une seule voie depuis Denpasar – et les hôtels ainsi que les restaurants ont poussé comme des champignons. Pour être honnête, je n’ai presque rien reconnu de ce lieu qui nous avait tant séduits.

Mais ne soyons pas trop difficiles. Ubud reste une excellente base pour explorer les alentours, on y mange divinement bien, et les logements offrent un rapport qualité-prix imbattable. Et surtout, ce premier arrêt a été ponctué de moments précieux passés avec notre amie Naomi, venue nous rejoindre pour quelques jours.

C’est aussi ici que nos sens se sont réhabitués à Bali, un peu comme une redécouverte de cette île fascinante.: les rizières d’un vert éclatant, les danses traditionnelles, (en photo la danse Kecak retrace une histoire épique mêlant dieux, chasseurs et singes) et la gentilles des balinais.

Seul avec les enfants : la liberté à moto

Après ces quatre jours passés à cinq, me voilà seul avec Matteo et Nola. Suzanne est partie une semaine avec Naomi, et j’ai saisi cette parenthèse pour fuir les zones touristiques. Direction les montagnes du centre-nord et l’ouest de l’île, là où Bali montre un autre visage.

Pour l’occasion, j’ai loué une moto. Bon, je ne vais pas mentir: aucun adulte occidental raisonnable ne roulerait à moto avec ses deux enfants à Bali. Mais ici, c’est monnaie courante. Je pourrais essayer de vous convaincre que ce n’est pas dangereux… mais soyons réalistes, ça l’est un peu quand même.

Le trafic balinais est un chaos organisé, un ballet improvisé où scooters et voitures se frôlent dans une valse sans règle, où les dépassements se font aussi bien à droite qu’à gauche. Matteo, cramponné à l’avant, Nola accrochée derrière moi, et un sac à dos à l’arrière – voilà notre équipage.

Entre les routes parfois cabossées et la chaleur suffocante (ou comme le dit Nola, “un sèche-cheveux géant braqué sur nous”), chaque trajet demande une attention de tous les instants. Et puis il y a eu ce moment où Matteo, insouciant, s’est endormi. Chaque bosse sur la route le faisait sursauter, et la moto manquait l’embardée. Pas idéal pour mes nerfs, mais ça fait partie de l’aventure !

Malgré tout, cette impression de liberté qu’offre la moto est inégalable. Se faufiler partout, emprunter des chemins inaccessibles en voiture, s’arrêter quand on veut, où on veut – c’était une expérience magique.

Cette semaine nous l’avons commencé par les montagnes de Munduk, un coin enchanteur avec ses cascades, ses temples et ses températures clémentes.

Puis, cap sur la côte nord, où nous avons eu droit à un moment inoubliable : trois heures sur un petit bateau pour observer les dauphins. Le bateau avait de petits supports latéraux où l’on pouvait plonger pour les voir évoluer sous l’eau. Matteo, Nola et moi étions fascinés. Les dauphins semblaient jouer avec nous. Inutile de dire qu’on a trouvé ce moment magique!

Notre dernière étape est l’ouest de Bali, une région que je tenais absolument à explorer. Ici, loin du tourisme de masse, l’ambiance est plus détendue, plutôt backpacker. Les plages y sont magnifiques, et c’est aussi là qu’on trouve le seul parc national de l’île, Bali Barat. Bien que la région soit superbe, le parc lui-même m’a laissé sur ma faim. Certes, voir des cerfs dans l’eau, des singes noirs et des mangroves est intéressant, mais le tout est assez cher pour ce qu’on y découvre (en tout cas, selon les standards balinais même si ceux-ci restent modestes).

Cette semaine a été intense, entre activités et école pour les enfants – jongler entre les deux n’est pas toujours simple. Mais juste quand je pensais avoir tout sous contrôle, un mail de la compagnie aérienne chamboule tout : notre vol part à 9h du matin, et non à 21h comme prévu ! En quatrième vitesse, je rends la moto, boucle les sacs et trouve un taxi.

Le lendemain, nous retrouvons Suzanne à l’aéroport. La famille est à nouveau réunie, prête pour notre prochaine étape : l’Australie !

L’Indonésie, c’est bien plus que Bali. Mais selon moi, Bali reste une étape incontournable. Unique (vous l’aurez compris après ce post j’espère), avec un rapport qualité-prix imbattable, et des Balinais d’une gentillesse désarmante.

On vous embrasse !

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