Vietnam : entre fleuves, traditions et histoire, une immersion dans le Sud

Retour en Asie du Sud-Est ! Cette fois, on pose nos sacs au Vietnam pour un mois, avant de filer au Cambodge retrouver nos amis Bru & Astrid. Un passage éclair dans une région où les tourdumondistes s’éternisent… mais pour nous, ce sera largement suffisant : on en a déjà exploré tous les recoins lors de voyages précédents. Envie d’en apprendre plus sur le Vietnam ? Suivez le guide !

Le Vietnam, c’est un serpent de terre de 2 000 km de long, pris en étau entre mer et montagnes. Un pays forgé par la guerre, qui a réussi l’exploit de renverser deux empires (les Français et les Américains) avant de se reconstruire contre toute attente.

En 2024, la croissance dépasse 6 %, et la pauvreté, qui touchait 50 % de la population dans les années 90, est tombée à seulement 2 %. Pas mal pour un pays qu’on aurait pu croire brisé.

Un pays riche, alors ? Pas si vite. Avec un PIB par habitant d’environ 4 700 euros, il reste plus de dix fois inférieur à celui de la Belgique ! Mais au-delà des chiffres et des clichés, qu’est-ce que le Vietnam aujourd’hui ?

Trois actes, trois visages du pays. Embarquez avec moi.

Acte 1 : 22/12 – 02/01 | Le Sud, le Delta du Mékong – L’énergie brute

Première étape : le delta du Mékong, Can Tho & Ben Tre. Une semaine d’immersion dans cette région qui, malgré ses 12 % de la superficie du pays, produit 40 % de l’alimentation du Vietnam. Ici, tout pousse. Manguiers, papayers, bananiers, cocotiers… Une jungle luxuriante entourée de canaux.

Mais contrairement aux hauts lieux touristiques du pays, le Delta du Mékong n’est pas envahi de visiteurs. Pas de temples millénaires ni de grandes cités historiques à cocher sur une liste.

Ce qui rend l’expérience intéressante, c’est l’eau, omniprésente, et surtout les gens. Il suffit de s’éloigner des axes principaux pour se perdre sur des chemins de traverse, traverser des canaux en bac, observer les cultures et découvrir, sans filtre, le quotidien du delta.

Et quel quotidien ! Fabriquer des bonbons à la noix de coco, forger un couteau, cuire des briques, presser du café, manger des ananas sur un marché flottant… On a tout testé.

Sur la route, temples, églises et pagodes se succèdent. Eh oui, le pays est officiellement communiste depuis plus de 70 ans, et pourtant, la religion est toujours bien présente. Le bouddhisme domine, mais surprise : 7 % des Vietnamiens sont chrétiens, un héritage direct de la colonisation française.

Mais plus encore que les temples, c’est le culte des ancêtres qui domine. Dans chaque maison, un petit autel dédié aux disparus, et souvent, les tombes familiales, parfois juste devant la porte.

Une présence qui change tout : chez nous, la mort est mise à distance, institutionnalisée, médicalisée. Ici, elle fait partie du quotidien.

Et le quotidien, c’est aussi la famille. On a partagé un moment avec une famille : la grand-mère nous apprend à faire une tarte pendant que le grand-père prépare le repas pour les petits-enfants qui rentrent de l’école et que les parents finissent leur journée de travail. Des vies simples, sans excès ni superflu. Pas riches, au sens où nous l’entendons. Mais heureux, à en croire leurs réponses.
“Le bonheur ?” Ils me parlent de la famille, des amis, du village.

Une semaine sur les routes vietnamiennes, et 4 choses me sautent aux yeux!

D’abord, la densité. Avec 105 millions d’habitants sur 310 000 km², le Vietnam est l’un des pays les plus peuplés au monde. Et le Delta du Mékong en est l’un des foyers les plus denses : une superficie comparable aux Pays-Bas, 17 millions d’habitants… mais sur place, on a l’impression qu’ils sont bien plus nombreux. Ici, tout bouge en permanence. Les marchés grouillent, les motos fusent, les rues vibrent d’un va-et-vient incessant. Une énergie brute, un mouvement perpétuel.

Ensuite, l’urbanisme : là où la Chine construit vers le ciel, le Vietnam s’étale en longueur. Des dizaines de kilomètres ininterrompus de maisons et de commerces bordent les routes principales, à tel point qu’on ne sait plus où finit un village et où commence le suivant. Et à côté des routes, des canaux enjambés par des dizaines de ponts relient les habitations.

Et puis, il y a la route. Il faut de la patience. Peu d’autoroutes, des axes principaux en mode gruyère et un ballet incessant de motos, camions et bus qui avancent dans un chaos parfaitement orchestré. La moyenne ? 35 à 40 km/h, soit à peine plus rapide qu’un cycliste motivé, mais avec le bruit des klaxons incessants.

Enfin, impossible d’ignorer la question des déchets. Plastiques au bord des routes, rivières jonchées de détritus… Un problème structurel autant que culturel, hérité d’une époque où tout était biodégradable. Ici, la gestion des ordures n’a pas suivi la croissance fulgurante du pays, et l’emballage plastique est partout. C’est moche, c’est frustrant, mais c’est aussi une réalité que beaucoup de voyageurs constatent.

Cap sur l’île de Phú Quốc

Après le delta, on pousse encore un peu plus à l’ouest pour embarquer vers Phú Quốc, l’île la plus fréquentée du Vietnam. Juste sous le Cambodge, elle a réussi à rester du côté vietnamien lors de l’indépendance – je me demande toujours comment ils ont réussi à garder cette île vu sa position.

“Touristique”, peut-être un peu trop à notre goût, mais au final, l’essentiel est là: un climat parfait, 70% de l’île classé en réserve naturelle, une cuisine qui régale, et quelques activités qui valent le détour.

Le zoo-safari nous réserve une belle surprise, les plages sont agréables et la prison nous offre une plongée glaçante dans l’histoire, illustrant encore une fois la capacité de l’humain à infliger la souffrance.

Certains endroits flirtent carrément avec le kitsch – comme cette ville qui a décidé de recréer une Venise à la sauce vietnamienne, avec des canaux et des gondoles en plastique dignes d’un parc d’attractions. Mais bon, qui suis-je pour juger ? Après tout, l’énorme majorité des Vietnamiens n’aura jamais la chance de pouvoir flâner sur le Grand Canal.

Globalement, on est aussi frappé par certaines attractions qui offrent une version très idéalisée du Vietnam d’autrefois, comme des spectacles ou encore cette ville vietnamienne recréée de toute pièce. Ce qui est surprenant, c’est que ces lieux attirent principalement une clientèle vietnamienne. Ces reconstitutions, souvent un peu artificielles, répondent peut-être à un désir profond des Vietnamiens de renouer avec une époque où le pays était moins industrialisé, un temps qu’ils perçoivent peut-être comme plus simple et plus authentique.

Mais ce qui a vraiment marqué ce séjour, c’est la rencontre avec Maya, David, Ada et Nan, une famille belge avec qui on a partagé 10 jours inoubliables à travers le Vietnam. Des enfants du même âge que les nôtres, des parents qui voient les choses de la même manière… Une véritable connexion.

De l’île de Phú Quốc on avait prévu, initialement, continuer vers le centre du pays. Mais la météo en a décidé autrement : pluies incessantes, inondations par endroits… Pas top quoi. Plutôt que de passer nos journées à attendre une accalmie, on a préféré mettre le cap au nord, où il fera plus frais, certes, mais au moins plus sec. Et surtout, où l’on allait retrouver nos nouveaux compagnons de route pour prolonger l’aventure ensemble.

Mais avant de prendre la route vers le nord, il est temps de vous en dire plus sur ce pays, car impossible de parcourir le Vietnam sans être rattrapé par son histoire. Ici, chaque paysage, chaque ville porte encore les traces d’un passé récent, marqué par la guerre et les traumatismes.

Je ne vais pas vous refaire tout le chapitre colonial…en bref: la France a commencé sa conquête du Vietnam en 1858 et a fini par intégrer le pays à l’Indochine française en 1887. Le Vietnam en était le cœur, tandis que le Cambodge et le Laos n’étaient que des provinces secondaires.

En 1945, Ho Chi Minh proclame l’indépendance du pays. Mais pour les Français, c’est une formalité : ils continuent à gouverner comme si de rien n’était… jusqu’à Dien Bien Phu. En 1954, il se prenne une claque lors de cette bataille mémorable contre les forces communistes.

La colonisation s’effondre et, deux ans plus tard (1956), le pays est coupé en deux : au nord, le régime communiste d’Ho Chi Minh ; au sud, un régime soutenu par les États-Unis. Un schéma qui rappelle étrangement la Corée… et comme souvent, le résultat est une guerre. Les tensions entre les deux Vietnams dégénèrent : le Nord soutient les rebelles communistes dans le sud du pays, Washington s’en mêle.

Les Américains remplacent les Français, convaincus qu’ils feront mieux, qu’ils sont plus forts, plus malins. Leur but ? Créer un Vietnam du Sud prospère, vitrine du monde libre face au communisme.

Sauf que cette guerre, qui aurait probablement éclaté avec ou sans eux, va tourner au cauchemar absolu. Les États-Unis déverseront sur le Vietnam (et le Cambodge voisin) près de 4 fois plus de bombes que l’ensemble des pays engagés pendant la Seconde Guerre mondiale!!!

Les Etats-unis enchaînent les offensives, les stratégies douteuses, les erreurs de calcul. Rien n’y fait. Un échec monumental. Une guerre que les États-Unis n’ont pas gagnée. Résultat ? Près de 60 000 soldats américains morts et surtout plus de 3 millions de Vietnamiens tués, une économie ravagée, des familles déchirées, des générations traumatisées. Même Nixon y laisse sa réélection.

Un cessez-le-feu a été signé en 1973, 17 années après le début de la guerre. Les Accords de paix de Paris prévoyaient un retrait américain et un statu quo entre le Nord et le Sud, mais rien n’obligeait réellement Hanoï à renoncer à son objectif de réunification. 2 ans plus tard, le Nord envahissait le Sud, réunissant le pays en un seul État communiste.

Comme l’histoire ne cesse de le prouver – et les discussions actuelles sur la paix au Moyen-Orient ou en Ukraine nous le rappellent – un accord signé ne suffit pas à régler un conflit si les conditions ne sont ni claires ni acceptées par toutes les parties. On ne fait alors que repousser l’inévitable.

Une guerre, un pays en ruines, un peuple marqué à jamais. Mais le Vietnam ne s’est pas arrêté là. Aujourd’hui, il s’est reconstruit, transformé, tout en portant les cicatrices de son passé.

La semaine prochaine, le 2ᵉ et dernier volet de notre aventure au Vietnam vous emmènera dans le reste du pays. On vous fera découvrir les régions du nord et du centre, agrémentées d’un soupçon de pollution, d’une pincée de karaoké et, bien sûr, de paysages à couper le souffle.

On vous embrasse!

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