Et voilà, la dernière ligne droite de notre incroyable road trip australien : 11 000 km d’aventures !

Ce 4ème et dernier chapitre vous emmène à travers nos deux dernières semaines de voyage, du sud de Perth jusqu’à notre arrivée à Adélaïde. 3 500 kilomètres à savourer entre paysages époustouflants, routes infinies et moments en famille inoubliables.
Prêt à embarquer avec nous pour cette ultime étape ? C’est parti !
J+30 : 3h de route, Perth à Margareth river
On quitte Perth et, en route, on fait un détour par Penguin Island. L’occasion d’essayer d’apercevoir le pinguoin, un animal emblématique que nous n’avons pas encore croisé ici. Toute l’île est un parc national.
Des mouettes partout, des pélicans majestueux en veux-tu en voilà, des lézards qui se prélassent sous le soleil… mais de pingouins, rien! Apparemment, nos amis sont partis chasser comme chaque jour.
Ça, c’est du marketing australien : appeler leur île Penguin Island, la transformer en parc national, et proposer un ferry payant, ouvert de 10h à 15h, tout en sachant pertinemment que les stars du lieu seront absents à ces horaires. Evidemment, s’ils avaient appelé leur île Seagull Island, il y aurait forcément eu moins de monde.
Mais après tout, on s’en fiche un peu : l’île est belle, l’air marin revigorant, et la promenade super agréable. Même si, on ne va pas se mentir, ça sent un peu la fiente d’oiseau de temps en temps.



Pour la première fois, on galère vraiment à trouver un camping. Mais finalement, un peu avant 18h, bingo ! Une place se libère in extremis. En Australie, tous les campings ferment entre 17h et 18h. Après cette heure-là, inutile d’espérer réserver. Ici, on ne plaisante pas avec les horaires. Les Australiens ont un rapport plutôt sain entre le travail et la vie privée : leur devise semble être « on travaille pour vivre, pas l’inverse ». Combien de fois suis-je arrivé dix minutes avant la fermeture, pour me heurter à un téléphone qui sonne dans le vide ? Les employés me jettent alors un regard implacable : « Si je décroche maintenant, je ne partirai jamais à l’heure. »
J+31 : Margareth River
Première fois depuis qu’on est en Australie qu’on sort les baskets et le pantalon. Il fait 17°C, avec un petit crachin typiquement belge. Ici, tout se passe dehors, et quand il pleut, c’est une autre histoire : le van devient moins agréable. Rien ne sèche, la boue s’invite à l’intérieur, et on passe notre temps à nettoyer. Autant dire que l’ambiance est moins bonne.
Alors, plan B pour sortir de la morosité ambiante: on file à une chocolaterie puis on visite une magnifique cave. Les enfants se sont gavés de chocolat et à notre arrivée à la cave, on est accueillis par un Français (sérieusement, c’est une fois sur deux ici, ils ont tous déménagés ici ou quoi?). Il nous propose une dégustation qui frôle l’exceptionnel, avec des bouteilles qui montent jusqu’à 150 €. Autant dire qu’on s’est fait plaisir tout en discutant avec lui de la vie en Australie.



Coup de coeur pour Margaret River, c’est vraiment une région splendide, digne des plus beaux vignobles européens.
J+32 : 2h de route, Margareth River –> Pemberton
On a pris notre temps aujourd’hui. Une dernière virée sur la plage, histoire de savourer encore un peu cette douceur australienne. Puis, en route, on s’est offert un petit moment de détente au bord d’une rivière pour le lunch. Pas pressés, on s’est aussi arrêté dans un vignoble.



Après 2h30 de route, nous voilà à Pemberton. Et là, franchement, c’est comme si on avait pris une machine à remonter le temps. On dirait un décor de film des années 30. Toutes les maisons sont en bois, un style qui sent (bon?) les premiers colons australiens. Mais ce n’est pas une façade pour touristes, non. Ici, les gens habitent vraiment dans ces maisons d’un autre temps.


Et vous savez quoi ? Ça a du charme ces bâtisses un peu désuètes, posées au milieu d’un décor de grandes forêts denses.
J+33: 2h30 de route, Pemberton –>Denmark
Ce matin, longue balade aux aurores, alors que tout le monde dort encore. J’avais besoin de m’évader, de respirer cet air frais, de dégourdir mes jambes et de laisser la forêt m’envelopper. Juste moi et la nature.
Les photos qui accompagnent ce texte parlent d’elles-mêmes. Après des jours passés à traverser des paysages arides et désertiques – environ 40 % du continent est jugé inhabitable – nous découvrons une autre facette de l’Australie. Ici, ce sont les forêts qui dominent : denses, verdoyantes, presque oppressantes par leur immensité. La région s’appelle Timber Country. Nous sommes déjà très au sud de l’Australie, et cela ressemble un peu aux grandes forêts du Canada.
En chemin, je croise des émeus et des kangourous, mais aussi de nombreux oiseaux aux cris inconnus pour nous. En photo :
- Un cacatoès à huppe jaune, perché en hauteur. Il a un hurlement strident, presque sarcastique
- Un loriquet arc-en-ciel, il a un cri métallique et répétitif
Avouez : c’est tout de même plus excitant que de croiser des vaches ou des chevaux !





Au programme du jour : un voyage dans le temps à bord d’un train à vapeur, qui serpente doucement au milieu de la forêt. Puis, une balade vertigineuse sur des ponts suspendus à 40 mètres de hauteur, au cœur d’un lieu au nom aussi poétique qu’évocateur : la Vallée des Géants.








J+34 : Denmark

Regardez nos 2 campeurs au lever. On dirait qu’ils ont fait cela toute leur vies. Ils se lèvent, s’installent au soleil et regarde les kangourous manger.
Denmark, c’est une petite ville nichée tout au sud de l’Australie. Aujourd’hui, il fait un magnifique 25°C. On en profite pour aller à la plage (elles sont vraiment superbes, même si un peu venteuses), visiter un producteur de fromage et de vin. La vie s’écoule paisiblement, au rythme des vagues et des dégustations.




J+35: 45’ de route, Denmark –> Albany
Le vent a complètement tourné. Aujourd’hui, il fait 15°C, avec beaucoup de vent et un ciel très, très nuageux. Le contraste est frappant. C’est dingue comme le temps impacte notre humeur. Enfilant nos baskets, notre unique pantalon et nos pulls, on traîne une ambiance un peu morose.
On roule seulement 45 minutes pour rejoindre la plus grande ville de la région, peuplée de 35 000 habitants. Enfin une ville où il y a de quoi faire, avec quelques musées à visiter. On commence par un musée dédié aux soldats australiens et néo-zélandais de la Première Guerre mondiale. Ces pays ont envoyé 450 000 hommes se battre à des milliers de kilomètres de chez eux, et un tiers d’entre eux ne sont jamais revenus.
Comme souvent dans ce genre de musée, une question s’impose : pourquoi ? Pourquoi perdre autant de vies pour des conflits si brutaux et futiles ? À chaque visite, la brutalité et l’absurdité de cette guerre me frappent, tout comme les échos qu’elle suscite avec les conflits d’aujourd’hui.



À 14h, on s’arrête au milieu de nulle part et, pour la sixième ou septième fois, on recroise Alan, Kate et leurs trois enfants. C’est comme si le hasard nous poussait à passer du temps ensemble. On décide donc de prolonger la soirée autour d’un feu de camp. Les enfants jouent : Matteo avec Olivia, 5 ans, et Nola, Emilie et Jake, 10 et 12 ans.
La soirée est agréable, mais je dois avouer qu’avec 12°C dehors, un pull et un pantalon trois-quarts, j’ai vraiment froid.
J+36 : 5h de route,Albany → Espérance
Aujourd’hui, c’est reparti pour 5h de route à travers des paysages interminables. Des kilomètres et des kilomètres de champs de blé, d’orge et de colza qui semblent se perdre dans l’horizon. Paysage seulement troublé par des petites collines et d’énormes silos à grains. On traverse la région qu’on appelle le wheatbelt.



Et oui, l’Australie est aussi un titan agricole. Le pays figure parmi les plus grands exportateurs mondiaux de blé, avec des produits agricoles qui pèsent environ 10 % des exportations totales. Pas grand-chose, vous vous dites ? C’est vrai, mais rappelez-vous que la véritable richesse de l’Australie, elle, repose sur ses ressources minières : le fer, le charbon et le gaz naturel. Ensemble, ils représentent près de 60 % des exportations.
Mais quand on compare cela aux standards européens, on réalise l’ampleur de la chose. La région qu’on traverse ici couvre 150 000 km², presque entièrement dédiée à la culture des céréales. Et oui, c’est 5 fois la superficie de la Belgique. C’est juste dingue!
À l’arrière de la voiture, Matteo râle. Un peu. Beaucoup. C’est qu’il n’a droit qu’à 1h de tablette par jour, et bien sûr, on essaie de préserver ce moment pour les derniers kilomètres, histoire de limiter l’ennui. Mais lui a un avis bien différent sur la question.
On finit par arriver au camping sous un crachin qui n’a rien à envier à celui qu’on connaît en Belgique, et une fraîcheur revigorante de 16 degrés. De quoi nous faire apprécier la chaleur du camping-car et passer la soirée bien au chaud.
J+37: 4h30 de route, Espérance –> quelque part dans un bois de Nullarbor
Aujourd’hui, escale à Esperance, une bourgade paumée de 13 000 âmes, quelque part entre nulle part et vraiment loin.
Ce qui sauve cette ville de l’oubli touristique ? Cape Le Grand, un parc national voisin. Les plages y sont irréelles. Le sable est si blanc que je pense que ce sont les plus belles pages que j’ai vu de ma vie. Le sable et la mer sont transparents, le paysage, sauvage, est balayé par le vent. L’humain a eu peu d’impact sur cette nature.




Mais voilà, la météo n’était pas au rendez-vous. Pas de soleil, pas de ciel bleu éclatant.. Avec cette météo-là c’était très beau, j’imagine à quel point en plein soleil, ça doit être magnifique.
À 15h15, on quitte le parc national. Direction : la mythique plaine de Nullarbor. 200 000 km2 de vide. Et quand je dis vide, je veux dire vide.
Rien
Que dalle
Nada.

Enfin presque : 71 âmes qui doivent sacrément s’ennuyer, une route de 1300 kilomètres de long, droite comme un I, et un paysage désertique à perte de vue. Le nom ne ment pas : Nullarbor, signifie “sans arbre”. La route est tellement monotone que les Australiens ont eu la brillante idée de la pimenter un peu en créant un golf 18 trous à chacune des roadhouses. Oui, un golf. Pas sûr qu’on soit nombreux à vouloir perdre 30 minutes 18 fois d’affilée, mais bon, j’admire leur créativité !
Depuis Esperance, il y a 1500 kilomètres jusqu’à notre prochaine étape. Le genre de road trip où ton GPS te regarde en mode : « T’es sûr de toi, là ? »
19h: après 4h de route, on s’arrête sur une aire d’autoroute perdue dans un coin de forêt. Suzanne s’active en cuisine, les enfants cherchent du bois et je m’occupe du feu.
La nuit tombe doucement. Puis, la magie opère. Un ciel étoilé, infini, brut, éclatant.

J+38: 9h de route, quelque part dans un bois de Nullarbor à Head of Bight quelque part sur un parking de Nullarbor

6h30. Le réveil est un peu compliqué, mais je prends le volant sur cette route qui semble s’étirer à l’infini. Au moins, vu la direction, je ne dois pas trop utiliser mon cerveau
Le matin, c’est mon moment. Cette solitude, le silence absolu, ce sentiment d’être seul au monde, loin de tout, mais étrangement en paix. Pendant ces heures volées, mes pensées vagabondent. Paris. Notre départ, il y a presque quatre mois. Une autre vie. Pourtant, aussi lointain que cela puisse paraître, nos amis, notre famille ne me semblent pas si éloignés. Comme si la distance physique avait peu d’impact la proximité émotionnelle.
On en a déjà vu, des choses. Exploré des recoins improbables, accumulé tellement de souvenirs. Et le plus fou, c’est de réaliser qu’il nous reste encore 8 mois. Deux fois plus d’endroits, deux fois plus d’aventures. Ça donne le vertige.
Et puis, il y a nous. La famille. Avant de partir, on avait tous ces doutes. Vivre ensemble 24/24 ? Est-ce qu’on tiendrait ? Est-ce que Suzanne et moi aurions encore des choses à nous dire ? Et Matteo et Nola, ces deux tornades, allaient-ils passer leur temps à s’étriper ?
La réponse ? Étonnamment, non. Enfin, pas trop. Oui, parfois, les enfants me tapent sur les nerfs. Oui, Suzanne et moi, on se dispute. Oui, Matteo et Nola se chamaillent. Mais c’est rare. Beaucoup plus rare que je ne l’aurais cru. On a appris à vivre ensemble, à s’adapter, à s’écouter. On est devenus une équipe. Une drôle d’équipe, mais une équipe quand même.

Et voilà, on arrive à cette portion de route. Une ligne parfaitement droite de 150km, 150 km de monotonie absolue. Je crois que même Nola pourrait conduire ici.
20h45. On se gare sur ce qui ressemble à un parking, planté au milieu de nulle part. La nuit tombe. Une journée étrange, rythmée par des kilomètres de lignes droites et cette frontière invisible entre les 2 états (Western Australia et South Australia). Enfin pas si invisible que cela car il y a 2h30 de décalage horaire entre les 2 états. On a un peu le même sentiment que quand on prend un avion long-courrier.
j+39: 5h de route Head of Bight quelque part sur un parking de Nullarbor –> Streaky Bay
On a passé la nuit à côté du parc national réputé pour l’observation des baleines le long de la route. Mais voilà, elles ont déjà toutes migré vers le sud, vers les eaux glacées de l’Antarctique. Il reste seulement le vide immense et la beauté brute des falaises. Ce matin, je suis seul. Les autres dorment encore, et je m’avance jusqu’au bord des rochers, face à la mer. Les vagues s’écrasent avec fracas contre la pierre, sous un ciel gris ponctué de rares rayons de soleil qui percent timidement. Dans mes oreilles, La musique du Grand Bleu. Une bande-son parfaite pour cette rencontre entre la solitude et l’infini.


15h: on arrive dans un petit camping bien sympa, juste au bord de la plage. Le temps est idéal : ni trop chaud, ni trop frais. On y décide de poser nos valises pour 3 nuits. On a l’impression de revenir à la civilisation. Enfin, à la civilisation à l’australienne. Streaky Bay, c’est un village de 1 625 âmes et un seul supermarché. La péninsule d’Eyre, où il se trouve, s’étend sur 170 000 km², soit l’équivalent de la Belgique et de la Grèce combinées, pour seulement 59 000 habitants. Vous visualisez le vide ?
J+40 : Streaky Bay
On explore la région, en parcourant plus de 60 km sur des routes de cailloux. Au programme : observation des phoques se prélassant sur les rochers, formations géologiques étranges, et, cerise sur le gâteau, un moment inoubliable. Pour la première fois de ma vie, je croise un dingo en liberté, mon totem de scout.




J +41: Streaky Bay

Aujourd’hui, on ne fait rien. Nada. Le temps et l’endroit s’y prêtent merveilleusement bien : 28 degrés, pas un souffle de vent, un soleil éclatant. Le camping a une petite salle de jeux avec deux bacs remplis de jouets.
Les enfants y passent des heures, inventant des histoires de magasin, de dinosaures… C’est dans ces moments qu’on mesure leur besoin instinctif de jouer, alors que tout ce qu’ils possèdent tient dans un minuscule sac à dos que Matteo porte partout. D’habitude, on leur aurait dit : « Allez, dehors ! Profitez du soleil ! » Mais ici, on passe déjà nos journées dehors. Alors, on les laisse savourer ce moment.
J+42: 7h30 de route: Streaky bay –> Clare valley

L’illusion d’Adélaïde, si proche et pourtant encore si lointaine. 7h30 de route nous séparent encore de cette ultime destination. Ici, les distances sont une blague. Quelques centaines de kilomètres ? Une petite balade…sous la pluie et la tempête.
Heureusement, on arrive juste à temps pour ce qui compte vraiment : deux dégustations de vin dans l’une des meilleures régions vinicoles du pays, la Clare Valley. Santé !



J+43: 2h de route, Clare valley –> Adelaide
Avec un petit pincement au cœur je ramène notre maison, notre moyen de locomotion, notre chez nous de ces derniers 42 jours. Il ne nous a pas lâché pendant ces 11.000 km, où l’on est passé par tous les terrains et toutes les températures.
En le ramenant je fais quelques courses pour la Saint Nicolas! Et oui le grand saint a fait un très grand détour dans sa tournée pour passer aussi par l’Australie.

Les enfants sont aux anges et explosent de joie malgré finalement probablement la plus petite Saint Nicolas qu’il ait jamais reçue! Le plus beau c’est leur excuse pour la venue précoce de Saint Nicolas (on est le 3 décembre aujourd’hui) : il ne pouvait pas venir jusqu’au Fidji, le 6 décembre, c’est trop loin!”
On passe la nuit dans un petit apart et ça fait très bizarre de pouvoir aller au toilette, d’avoir une chambre a 2 ou prendre une douche sans devoir sortir dehors. Bon, j’avoue après 42 jours c’est plutôt agréable.
J+44: Adelaide –> Fiji
Dernière une pause urbaine : chouette lunch, coiffeur pour moi, ongles pour Suzanne. La mélancolie et le bonheur se disputent nos pensées.
Avec ce troisième périple en Australie, étalé sur 15 ans, on peut dire que le tour du pays est enfin bouclé. Et pourtant, on ne s’en lasse pas. On a adoré, encore et toujours, ces interminables routes qui mènent à des endroits magiques, ces instants de solitude si purs. Cette fois, la route nous a offert une Australie plus secrète, moins fréquentée, où l’on s’est rapproché des Aborigènes, où l’on a senti l’âme brute de l’Outback, et admiré des plages incroyables.
Mais ce qu’on retiendra peut-être le plus, c’est le temps passé ensemble dans le van. À quatre, serrés, mais heureux. Ces moments d’imperfection qui rendent le voyage encore plus précieux.
Et maintenant ? Place à un nouveau chapitre. Il est temps de dire au revoir à cette terre rouge et sauvage, pour s’envoler vers les eaux turquoise des Fidji. L’Australie restera dans nos cœurs, même si je doute que nous y reviendrons un jour. Mais qui sait… Inshallah.
On vous embrasse bien fort



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