Entre passé et avenir : de Xi’an au Yunnan

Bienvenue à bord de ce 2ᵉ post pour un voyage unique en Chine, où passé impérial et futur numérique s’entrechoquent avec fracas. On commence à Xi’an, la ville des célèbres guerriers en terre cuite. Puis, cap sur la Chine de demain, celle qui se filme en continu dans l’univers parallèle des TikTokeurs locaux. Enfin, direction le Yunnan, terre des minorités ethniques et des paysages à couper le souffle (et il y a plein de photos juste après), là où traditions et modernité se croisent.

Si vous voulez mieux comprendre la Chine et en prendre plein les yeux, c’est juste en dessous. Accrochez-vous, c’est parti !

Chapitre 4 : Marie-Laure, notre guide chinoise – Deuxième étape, les guerriers en terre cuite, ville de Xi’an

Avant de vous présenter Marie-Laure, notre guide chinois pour un jour, faisons un détour par sa ville, située à 1000km au sud ouest de Pekin : Xi’an. Si vous ne connaissez pas, voici trois bonnes raisons de vous y intéresser :

  • Le berceau de l’Empire chinois. C’est ici que l’unification de la Chine a commencé, au 2ème siècle avant Jésus-Christ, bien avant que Rome ne songe à bâtir son Empire. Et tandis que ce dernier est aujourd’hui poussière, la Chine, elle, est toujours bien debout. Ce qui est impressionnant dans l’histoire chinoise, c’est sa longévité. Les dynasties (Zhou, Tang, Song, Yuan, Ming, Qing) se sont succédées, et la civilisation chinoise a été, à plusieurs époques, l’une des plus avancées du monde. Les Chinois d’aujourd’hui en sont toujours incroyablement fiers. C’est une toute autre perspective pour nous, Européens, qui pouvons parfois être un peu suffisants face à ce pays.
  • Capitale mondiale… il y a plus de 1 300 ans ! Eh oui, Xi’an a été la capitale de la Chine au 7ème siècle et comptait déjà plus d’un million d’habitants. C’était la ville la plus peuplée du monde à l’époque. Rien que ça !
  • Les guerriers en terre cuite, un autre fait d’armes de la ville. C’est le premier empereur chinois, celui qui a unifié la Chine, qui a eu cette idée: se faire enterrer avec une armée entière. Pas une armée de chair et de sang, non… mais en terre cuite ! 8 000 soldats, ni plus ni moins, découverts par hasard en 1970 par des fermiers. Cet empereur croyait dur comme fer à la vie après la mort et pensait donc qu’une petite armée serait bien utile dans l’au-delà.

Bon, pour être honnête, Xi’an elle-même ne nous a pas trop impressionné. Mais les guerriers en terre cuite, eux, valent à eux seuls le voyage.

Et puis il y avait notre guide, Marie-Laure. Son français est incroyable. Une femme éduquée, qui travaille avec des touristes depuis des années. Elle nous a aidé à comprendre un peu mieux les comportements chinois et pourtant, certaines de ses réflexions m’ont laissé… perplexe.

  • Les Chinois et les files d’attente, ça fait deux. Ici, pas de place pour la courtoisie. On pousse, on dépasse. Pour un étranger, c’est un peu déstabilisant. Encore que, avec une tête de plus que la plupart d’entre eux, ça me dérange moyennement. Mais il faut comprendre : les générations plus âgées ont connu des périodes de famine. Alors, quand il fallait se battre pour avoir à manger, pousser dans une file devient presque naturel.
  • L’autocentrisme chinois, rien de surprenant quand on vit dans un pays aussi immense, coupé du monde extérieur par les médias d’État et une rhétorique pro-chinoise omniprésente. Même Marie-Laure, une femme instruite, m’a laissé bouche bée lorsqu’elle m’a répondu, l’air surpris, que les Japonais n’aimaient pas les Chinois. « Ah bon, pourquoi ? » m’a-t-elle demandé. Peut-être à cause des nombreux monuments « anti-japonais » qu’on croise à chaque coin de rue, qui sait ?
  • La politique de l’enfant unique. Mise en place en 1979, elle obligeait chaque famille à n’avoir qu’un seul enfant , entraînant des conséquences désastreuses :
    • Aujourd’hui, il y a 38 millions d’hommes de plus que de femmes. Pourquoi ? Parce que des avortements sélectifs avaient lieu après les échographies. Tradition oblige, c’est le garçon qui transmet le nom et l’héritage familial.
    • Un seul enfant signifie également une énorme pression. Ces enfants, souvent surnommés des « petits empereurs », sont adorés par leurs parents, mais doivent exceller dans tout. L’échec n’est pas une option.

Aujourd’hui, les conséquences sont dramatiques : la natalité chute. En 2023, la Chine a atteint son pic de population avec 1,430 milliard d’habitants, mais d’ici 2050, elle devrait retomber à 1,2 milliard et à 800 millions en 2100. Est-ce que la situation va changer ? Pas vraiment. Les jeunes générations refusent d’avoir plus d’un enfant : trop cher, trop de contraintes, trop de stress. Ça vous rappelle quelque chose ? Au final, les aspirations des Chinois ne sont pas si différentes des nôtres : une bonne éducation pour les enfants, un bon travail, un logement décent et du temps pour profiter de la vie. Même en Chine, ce rêve devient de plus en plus inaccessible.

Chapitre 5: Les Tiktokeurs

En Chine, rien n’est fait pour les touristes étrangers. On est souvent les seuls non-Chinois à la ronde, et les regards ne manquent pas. Les enfants posent pour des photos au moins dix fois par jour. Sans parler des clichés pris en douce. Et Nola en profite largement. Elle ne nous demande même plus si elle peut poser. Tel une diva, elle se plante à côté des locaux, sourire Colgate et attitude de star. Elle devrait ouvrir son Tiktok chinois.

Ici, tout est pensé pour les touristes chinois. Et ce n’est pas surprenant, vu leur nombre. Les Chinois explorent leur propre pays, et avec 9,5 millions de km², il y a de quoi faire ! Cela donne lieu à une cacophonie infernale, surtout quand ils voyagent en groupe, avec un guide qui hurle dans son micro comme s’il animait un festival. Heureusement, la règle des 95 % des touristes qui ne voient que 5 % du site fonctionne toujours aussi bien.

Et puis, il y a leur obsession pour la photo. Mais attention, pas n’importe quelle photo: en habit traditionnel, s’il vous plaît. Partout où l’on va – que ce soit dans les montagnes, sur les rivières, dans les rizières ou même dans les villages au Tibet – on les voit se déguiser et poser pendant des heures.

Le photographe est équipé d’un objectif géant, avec une lumière digne d’un studio. Parfois, ils ajoutent même un figurant : un vieux pêcheur avec une barbe blanche, pour l’effet « carte postale ». Et bien sûr, il y a des boutiques partout pour te maquiller, t’habiller, te coiffer, te fournir un photographe et même le figurant ! C’est tellement kitsch que ça en devient risible ou génial.

Et tout ça, évidemment, pour TikTok. Si chez nous le téléphone est déjà un fléau, ici c’est carrément l’apocalypse numérique. Les Chinois sont collés à leur écran en permanence. On a halluciné plus d’une fois, surtout au restaurant: quatre personnes autour d’une table, pas un mot échangé pendant une heure, juste des vidéos débiles qui défilent. On se demande même s’ils se rappellent qu’ils sont ensemble…

Chapitre 6 : un trip à travers le Yunnan

Pourquoi aller au Yunnan ? Parce que cette province, coincée entre le Tibet et le Myanmar, offre des paysages à couper le souffle. Mais surtout, c’est l’endroit idéal pour découvrir une autre facette de la Chine.

En Chine, l’ethnie Han domine avec 92 % de la population. Mais dans le Yunnan, la diversité est au rendez-vous : plus d’un tiers des habitants appartiennent à des minorités ethniques. Ici, cette diversité n’est pas qu’une statistique : elle se ressent, se voit, se vit.

Et comme souvent en Chine, tout est immense. Le Yunnan n’est qu’une des 23 provinces du pays, mais il possède la superficie de l’Allemagne et la population de l’Espagne. Avec 84 % de son territoire couvert de montagnes et de collines, voyager ici prend du temps. En 2 semaines bien remplies, nous avons exploré six régions différentes…

Lijiang et Shuhe : Patrimoine et authenticité

On commence notre périple au Yunnan, dans la région de Lijiang, une ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Trois jours passés ici à découvrir Lijiang et ses alentours, et on est éblouis. Ces deux villes et leurs environs sont tout simplement magnifiques et ultra photogéniques.

Lijiang, fondée il y a plus de 800 ans, et Shuhe, encore plus ancienne, sont des trésors vivants de l’histoire chinoise. En se baladant dans les vieux quartiers de Lijiang et Shuhe, on plonge dans des ruelles pavées bordées de maisons en bois traditionnelles. Ce n’est pas juste une ou deux rues qui nous émerveillent, mais l’ambiance unique qui se dégage de l’ensemble.

Petit conseil pour les voyageurs : on est hors saison, donc tout est calme. Mais pendant les vacances chinoises, j’imagine facilement les files interminables dans ces petites rues !

Randonnée dans la gorge du saut du tigre

À 2-3 heures de route, on arrive à la fameuse Gorge du Saut du Tigre. Un trek de 4 heures nous mène le long de paysages à couper le souffle : des gorges impressionnantes s’étendent sur 16 kilomètres, avec des falaises qui culminent à près de 3 900 mètres, la rivière qui gronde en contrebas. Ici, l’eau ne fait pas dans la finesse : elle doit se faufiler par des passages si étroits qu’on atteint les 2 000 mètres cubes par seconde. Puissance brute.

La légende raconte qu’un tigre aurait sauté d’un côté à l’autre pour échapper à un chasseur… Honnêtement, c’est juste une légende😉

La rando est superbe mais pas sans défis : à certains endroits, on passe sur des sentiers si étroits (moins d’un mètre !) que je tiens Matteo bien serré contre moi. Le soir, on s’installe pour une nuit au milieu des gorges. Notre seul compagnon ? Le murmure lointain de la rivière et le bruissement mystérieux des animaux autour. On se sent vraiment ailleurs, au bout du monde.

Shangri-La : Aux portes du Tibet

Ensuite, direction Shangri-La, une ville qui marque notre incursion dans l’univers tibétain. On arrive ici avec cette sensation étrange d’avoir changé de monde. Le paysage se transforme : les monastères bouddhistes sont omniprésents, les drapeaux de prière flottent au vent, et l’atmosphère devient plus spirituelle.

Le monastère de Songzanlin, surnommé le “Petit Potala”, est un incontournable. C’est le plus grand monastère tibétain de la région, fondé au XVIIe siècle. En visitant cet endroit, on a l’impression d’être déjà aux portes du Tibet : l’architecture est superbe, les chants des moines résonnent dans les halls. Le surnom “Petit Potala” est peut-être un peu exagéré, mais on ne va pas se plaindre : la vue est magnifique, l’ambiance sereine, et les moines, avec leur regard méditatif, ajoutent à l’atmosphère.

Les ruelles de la vieille ville de Shangri-La s’entrelacent autour des maisons en bois et des boutiques. Comme souvent en Chine, la spiritualité côtoie le commerce. Soyons honnêtes, tout est soigneusement mis en scène pour les touristes chinois en quête de zen et d’exotisme. On se balade entre les échoppes de tissus colorés et les statuettes bouddhistes, chacun vendant sa version du “vrai” Tibet. Mais le véritable Tibet, lui, reste caché derrière les montagnes, bien à l’abri sous l’œil vigilant de Pékin. Et si on veut le visiter, il faut un permis spécial… délivré par la Chine, bien sûr.

Le soir, le froid s’installe vite. On est à 3 200 mètres d’altitude dans une région semi-aride, et les nuits glaciales succèdent aux journées ensoleillées. Mais malgré tout, on a aimé Shangri-La. C’est un décor, une introduction soigneusement orchestrée au monde tibétain, mais cela nous donne envie d’aller plus loin, de plonger encore plus profondément dans ces montagnes. Une prochaine fois, peut-être…

Sur la route du thé : Shaxi

En route pour Dali, on passe une nuit à Shaxi, un ancien village de la route du thé et des chevaux. Ici, c’est un peu le symbole de ce que la Chine sait faire : il y a 20 ans, le village tombait en ruine, oublié de tous. Mais le gouvernement a décidé de jouer la carte de la nostalgie et a investi massivement pour tout rénover. Et devinez qui est venu donner un coup de main ? Les Suisses! Grâce à l’expertise de l’ETH Zurich, Shaxi a retrouvé sa splendeur d’antan.

Aujourd’hui, c’est un petit bijou, une parenthèse hors du temps avec ses ruelles pavées et ses maisons traditionnelles parfaitement restauré. L’ambiance est calme et sereine, comme si le village avait été figé dans une époque lointaine. On flâne, on respire l’histoire… et on savoure ce moment de pause avant de replonger dans le rythme effréné de la Chine moderne.

Dali et Kunming : La boucle est bouclée

Notre aventure au Yunan touche à sa fin avec deux étapes contrastées : Dali et Kunming, la capitale du Yunnan. Dali, autrefois repaire des backpackers, n’a plus grand-chose à voir avec son passé bohème. Aujourd’hui, c’est une ville chinoise standardisée, peuplée de magasins et de restaurants où l’on se fait alpaguer par des vendeurs armés de mégaphones. Malgré cette ambiance bruyante, la zone piétonne, assez vaste, invite à la flânerie. Pourtant, pour nous, le charme n’a pas vraiment opéré. Une exception, et de taille : la visite des célèbres Trois Pagodes et de leur site historique. Les pagodes, majestueuses, se dressent fièrement depuis plus de mille ans. L’ensemble du site a un petit air de Cité interdite miniature. Voir les pagodes se refléter dans l’étang est un spectacle hypnotique. Rien que pour cette expérience, Dali mérite le détour.

Ensuite, direction Kunming, notre dernière étape avant de boucler la boucle. Kunming, c’est une métropole chinoise bruyante, trépidante, un peu oppressante et sans endroit à visiter absolument. Pour être franc, on en a même profité pour aller au zoo…sans doute le zoo le plus délabré qu’on ait vu de notre vie. Vous l’aurez compris Kunming ne nous laissera probablement pas un souvenir impérissable, mais elle réserve une belle surprise à 2 heures de route : la Forêt de Pierre (Shilin), un site karstique classé à l’UNESCO. Ces formations rocheuses incroyables jaillissent du sol comme des arbres pétrifiés. De loin, c’est déjà impressionnant, mais c’est une fois à l’intérieur, en se faufilant dans les passages étroits où il faut parfois se courber, qu’on réalise la magie du lieu. C’est spectaculaire, étrange, et presque irréel.

On termine notre périple avec l’impression d’avoir exploré une belle variété des visages du Yunnan : des montagnes sacrées aux villages anciens, en passant par l’agitation des grandes villes. La boucle est bouclée… pour cette fois.

Et voilà, c’est tout pour ce post ! Si vous êtes arrivé jusque-là, bravo à vous !

La semaine prochaine, le 3ᵉ et dernier volet de notre aventure en Chine vous emmènera au cœur de la vie des taximen, vous fera découvrir la région du Guangxi et la ville de Shanghai, avec en point d’orgue une discussion passionnante avec un couple chinois sur leur situation en Chine.

À très vite, on vous embrasse !

One response to “Entre passé et avenir : de Xi’an au Yunnan”

  1. De verschijning van Marie-Laure in jullie reisverslag vind ik verfrissend. Het is altijd leuk om door de ogen van de lokale bevolking te kunnen meekijken.

    Ik herinner me goed toen de één-kind-regel in China werd ingevoerd. Het werd terstond door ons gedemoniseerd. Achteraf bleek het een geniale zet te zijn vanuit demografisch en ecologisch perspectief. We zijn onze dankbaarheid aan de Chinezen verschuldigd omdat ze efficiënte maatregelen hebben genomen om de mondiale uitstoot te verminderen. We zouden reeds veel dieper in de klimaat-penarie hebben gezeten mochten de Chinezen hun demografische groei niet hebben geknot. En de gevolgen van hun één-kind-politiek zijn hoopgevend. Een vermindering van de Chinese populatie tot minder dan een miljard tegen het einde van de eeuw valt enkel toe te juichen. Trouwens, daarin volgt China de trend van de andere landen, of omgekeerd, de andere landen de trend van China. Het hangt ervan af hoe je het bekijkt. Reden tot optimisme. 🙂

    Nog een prettige reis.

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