Sous le soleil écrasant de l’outback : chapitre I de notre roadtrip à travers l’Australie

L’Australie, c’est un géant en superficie mais un nain en population.  Imaginez : 26 millions d’habitants pour un territoire de près de 7,7 millions de kilomètres carrés. Faites le calcul – ou laissez-moi vous mâcher le travail : ça donne 3 habitants par kilomètre carré. Autant dire qu’il y a de l’espace pour respirer, et largement.

Pour nous, c’est la troisième fois qu’on explore ce pays-continent, mais cette fois, on a décidé de sortir encore plus des sentiers battus. Pas de Sydney, de Grande Barrière de Corail, de Melbourne ou de Great Ocean Road au programme. Non, cette fois, on a pris l’Australie, on l’a coupée en deux, et on s’est concentrés sur tout ce qui se trouvait à gauche. Résultat ? Un road trip de 11 000 kilomètres à travers des déserts sans fin, des côtes sauvages, et, parfois, un soupçon de monotonie.

Durant ces 45 jours, on a vécu une aventure hors norme. Ce roadbook est là pour partager tout ça avec vous : les paysages qui nous ont coupé le souffle, les histoires fascinantes – parfois sombres – de ce pays, et surtout les émotions qui ont rythmé ce voyage. J’ai dicté 95% de ce récit en étant au volant…c’est peut-être pour cela que je parle trop du van…je m’en excuse déjà!

 Allez, attachez vos ceintures, on part ensemble !

J-2 avant de récupérer notre van

Notre avion amorce sa descente sur Darwin. Vue d’en haut, tout est vert, à perte de vue, avec des étendues gigantesques qui semblent ne jamais s’arrêter. L’immensité, déjà, nous impressionne.

Darwin, capitale des Territoires du Nord (Northern Territory), nous accueille. C’est une région à part, un territoire immense et désertique. Avec ses 1,4 million de kilomètres carrés (2,5 fois la taille de la France) et seulement 250 000 habitants, c’est le territoire le moins peuplé du pays. Du coup, ils ont de la place, beaucoup de place…

Ce territoire est aussi l’un des derniers à avoir été colonisés par les Européens, qui ont mis longtemps à y arriver tant les conditions de vie étaient difficiles. En 1918, il n’y avait que 1500 habitants “blancs”. Cela se ressent encore aujourd’hui dans sa culture et son mélange de populations. Le Lonely Planet décrit Darwin comme une capitale multiculturelle et pétillante. Multiculturelle, oui, sans aucun doute : ici cohabitent des Indiens, des Asiatiques, des Occidentaux et une importante communauté aborigène, qui représente environ 30 % de la population.

Mais pétillante ? Pas vraiment. Après plusieurs heures à explorer la ville, on peine à ressentir cette effervescence. Peut-être que, quand on habite à plus de 3000 km de la ville la plus proche de taille comparable, les standards diffèrent.

Darwin s’étale sur 25 kilomètres de long, alternant zones vertes et îlots de bâtiments. Le centre-ville, petit et concentré, se résume à quelques bars, des restaurants agréables en front de mer et des centres commerciaux.

Nous rentrons du centre-ville à pied en traversant la rue commerçante. Tout est désert. Seuls des cris résonnent dans le silence. Les enfants se serrent contre nous, inquiets. Un homme, aborigène, passe en continuant à hurler, visiblement éméché. La scène est troublante. Cela nous pousse à réfléchir à la situation des Aborigènes, une question complexe que je tenterai d’aborder plus tard.

Darwin est pour nous une halte pratique : faire des lessives (après 10 jours, il était temps), se ravitailler et profiter de leur magnifique front de mer avec piscine naturelle et restaurants.

Jour 1 : 2h de route, Darwin –> parc national de Litchfield

C’est le grand jour : nous récupérons notre van ! Les enfants trépignent d’impatience. Depuis qu’on leur annoncé notre projet de voyage, ils ne parlaient que de ce van et de leur lit suspendu au-dessus de la cabine du conducteur.

Mais avant de partir, en Australie, surtout dans les régions reculées, il y a une règle d’or avant de prendre la route : faire le plein. Eau, nourriture, essence… et un peu d’alcool. Pourquoi ? D’abord, parce qu’on ne trouve pas toujours ce qu’il faut sur la route. Ensuite, à cause des prix, qui peuvent flamber dès qu’on quitte une grande ville.

15h: il est temps de partir. Deux heures de route et un décor qui commence à s’éloigner rapidement du monde civilisé. À l’arrivée, un camping, disons… minimaliste, à l’entrée du parc national de Litchfield. Des manguiers en abondance, on fait le plein de fruits

L’Australie nous fait immédiatement sentir à quel point on est loin, très loin de notre quotidien belge. Manger dehors, ici, c’est une aventure : des insectes surgissent de partout. Un orchestre d’oiseaux donne le ton au lever avec des cris qu’on n’a jamais entendus ailleurs. Ce pays a une magie brute, née de son isolement depuis 50 millions d’années, quand l’Australie s’est séparée des autres continents. Cet isolement a permis à sa faune et à sa flore d’évoluer de manière unique, donnant naissance à des espèces que l’on ne trouve nulle part ailleurs, comme les kangourous, les koalas et les émeus, mais aussi une diversité impressionnante de reptiles et d’insectes.

Et puis la nuit tombe. Sous un ciel d’encre, constellé d’étoiles, la voie lactée s’étire en un ruban lumineux, clair et fascinant. On est loin des néons et du bruit du Japon & de la Chine. On s’endort, déjà séduits par cette terre sauvage.

Jour 2 : 4h de route Litchfield –> May River

Aujourd’hui, direction le parc national de Litchfield. La journée commence avec une scène étrange et captivante : les cathédrales de termites. Ces structures, hautes de plusieurs mètres, évoquent des pierres tombales dressées vers le ciel. Le décor donne l’impression de se promener dans un cimetière géant. Incroyable de penser qu’un seul de ces nids abrite plus de 2 à 3 millions de termites (selon les espèces, ce chiffre est réel !).

Ensuite, nous profitons des piscines naturelles, véritables havres de fraîcheur sous la chaleur déjà écrasante. L’eau cristalline, entourée de végétation luxuriante, nous offre une pause bienvenue. La journée se termine par des panoramas époustouflants, typiques de cette région sauvage.

Le voyage commence doucement, mais on sent déjà que l’aventure nous attend plus loin, au cœur du bush australien.

Jour 3 : 2h de route, de Mary River à Jabiru.

Aujourd’hui, c’est un jour spécial: la dernière journée d’école avant une semaine entière de vacances. Après avoir tenu un rythme intense — cinq à six jours par semaine, une à deux heures trente par jour —, on est en avance sur le programme. Et je crois bien que, pour la première fois, les vacances font autant plaisir à Nola qu’à nous.

Faire l’école sur la route, c’était non négociable. Jamais on n’a envisagé qu’elle ne soit pas au niveau de fin de quatrième primaire à notre retour. Mais ça ne veut pas dire que c’est simple. Parfois, les leçons se transforment en champ de bataille : tensions, disputes, larmes… bref, tout sauf des vacances. Mais on s’adapte. On module notre rythme de voyage, on tâtonne, on apprend à être de meilleurs profs.

On pénètre dans le parc national de Kakadu, un lieu incontournable pour plonger dans la culture aborigène. Les Aborigènes habitent l’Australie depuis plus de 60 000 ans. Pour vous donner une idée, à cette époque, Homo sapiens n’avait pas encore posé le pied en Europe. Là-bas, c’était Néandertal qui régnait en maître, s’adaptant tant bien que mal à un climat glaciaire. Pendant ce temps, en Australie, les Aborigènes développaient déjà une culture sophistiquée, mêlant récits oraux et peintures rupestres. Autant dire que, face à eux, Néandertal… bah, il ne faisait pas grand-chose.

Ces mêmes peuples aborigènes ont vécu sans interruption jusqu’à l’arrivée des Européens, il y a seulement 200 ans (autour de 1788, pour être précis, avec l’établissement de la colonie pénitentiaire britannique à Botany Bay).

Nous arrivons à Ubirr, en plein après-midi. Il est 15 h, et tout semble figé dans une autre dimension. Les parois rocheuses sont ornées de peintures, certaines vieilles de plus de 20 000 ans. Mais ces œuvres ne sont pas là pour être belles ou contemplées comme des tableaux dans un musée. Je ne dirais pas qu’elles sont “magnifiques”, mais elles dégagent quelque chose de plus puissant : elles semblent vivantes. Ce sont des guides. Les Aborigènes les ont utilisées pour transmettre leurs croyances, partager leurs connaissances sur la nature, et même donner des conseils de survie : où trouver de l’eau, quels animaux chasser, ou lesquels éviter.

Et puis, il y a cette peinture qui me fascine. Un homme européen, dessiné par des mains aborigènes. Il est immobile, presque méprisant. On dirait un spectateur qui n’a rien compris à ce qu’il regarde. C’est fascinant, mais aussi troublant. Cette image incarne toute l’histoire de la rencontre brutale entre deux mondes : celui des Aborigènes et celui des Européens. Une rencontre qui a changé à jamais le destin de l’Australie. Ici, sous la chaleur oppressante d’Ubirr, cette histoire semble encore suspendue.

Mais cette histoire, je sais que je dois encore vous la partager… ça viendra.

Jour 4 : 3h30 de route, Jabiru → Katherine

Il est 15h, et le thermomètre affiche 41°C. La route s’étire devant nous, droite, interminable, écrasée sous un soleil implacable. Et là, le van commence à faire des siennes. Plus de puissance. Même en descente, il peine à dépasser les 70 km/h. Je presse l’accélérateur, rien. Une montée ? On est à 50, au mieux.

Pas le choix, il faut s’arrêter. La chaleur est écrasante, presque hostile. Si on tombe en panne ici, je n’ose même pas imaginer… Une voiture passe toutes les heures. Si on croise quelqu’un de peu aimable, on peut attendre très, très longtemps. Et franchement, avec la chaleur et les nerfs, ce serait la dispute assurée😉.

Quand j’ouvre la porte, c’est comme si une chape de plomb me tombait dessus. L’air brûlant colle à la peau, et en moins de dix secondes, un essaim de mouches nous assaille. Elles sont partout.

On s’est arrêté près d’une ancienne mine. Partout, des panneaux avertissent: “Ancienne mine d’uranium. Normes avant 1960. Défense de toucher.” Charmant.

On réalise qu’on doit changer nos habitudes. Fini les matinées tranquilles. Désormais, ce sera lever à 6h, départ avant 7h. Ici, le soleil dicte ses lois, et si on ne s’y plie pas, on va souffrir.

Jour 5 : 6h30 de route, Katherine → Lake Argyle

Aujourd’hui, il faut avancer. On a des kilomètres à avaler. Beaucoup trop, si je suis honnête mais heureusement c’est tout droit!

Ma bonne résolution de la veille me pousse à me lever à l’aube. Pendant que tout le monde dort encore dans le van, je prends la route en silence, seul avec le ronronnement du moteur.

Premier arrêt : faire le plein à Katherine, une ville où les Aborigènes sont nombreux. Il est 6 h 30, et la scène est troublante. Beaucoup sont là, dans la rue, assis à même le sol ou errant, tels des silhouettes égarées. Des zombies d’un autre genre. Il faut absolument que je vous en dise plus sur eux, sur leur histoire, sur celle de l’Australie. Mais pas aujourd’hui. Ce sujet est trop important. Je veux y consacrer le temps qu’il mérite.

Et puis, il y a cette chaleur. Inlassable. Oppressante.
7 h : 27 °C.
8 h : 30 °C.
9 h : 32 °C.
10 h : 34 °C.
10 h 30 : 35 °C.

Non, mais sérieusement ? Ici, pas besoin de montre. La température fait office d’horloge. Chaque heure, deux degrés de plus.

On ne peut que s’imaginer ce qu’ont dû vivre les explorateurs européens il y a 150 ans, partis à la découverte des terres arides de l’intérieur australien. Guidés par le mythe d’une mer intérieure, ils espéraient trouver un immense lac au cœur du continent. Mais ce qu’ils ont découvert, c’est un désert impitoyable, où la chaleur et la sécheresse dominaient tout.

11 h : 36 °C.
12 h : 38 °C.
12 h 30 : 39 °C.

Les enfants, à l’arrière du van, souffrent en silence. La chaleur doit être intenable. Sans climatisation, l’intérieur doit allégrement dépasser les 40 °C. Nous, à l’avant, on a encore un filet d’air grâce à l’air conditionné, mais même à fond, il fait chaud.

13h : Nous quittons le Northern Territory pour entrer en Western Australia, la plus vaste province d’Australie, s’étendant sur 2,5 millions de km²… en gros, 1/3 du pays.

13 h 30 : 42 °C.
La route semble fondre sous nos roues. Littéralement. Les panneaux de signalisation en plastique se sont affaissés sous l’assaut du soleil (non je ne déconne pas), comme des bonbons mous abandonnés dans une poche trop chaude.

14 h : enfin, le camping. Et quelle arrivée ! Une piscine à débordement avec une vue plongeante sur l’immense lac Argyle, une étendue d’eau impressionnante au milieu de cette fournaise. Le bonheur.

Jour 6 : 8h de route – Lake Argyle → Fitzroy Crossing

8h d’outback. Comment décrire cette immensité vide, cette monotonie écrasante, quand on est seul au volant d’un camper-van sur des centaines de kilomètres ? Je vais tenter.

Déjà, qu’est-ce que l’Outback ? C’est tout ce qui n’est pas urbain en Australie, soit 70 % du territoire. Imaginez des paysages qui changent… rarement. Très rarement. Un horizon infini, quelques arbres épars, de l’herbe jaune brûlée par le soleil , et cette route droite, interminable. Peu de virages, peu d’ombres. Juste vous, le bitume, et le soleil de plomb.

Tous les 200 ou 300 kilomètres, une roadhouse : une station-service, parfois un caravan park et, avec un peu de chance, un petit magasin. Je pense que les photos parlent d’elles-mêmes.

Puis, tous les 1000 kilomètres, un “village”. Enfin, village… Ne vous imaginez pas un charmant bourg italien bordé de cafés et de fontaines. Non. Ici, un village, c’est quelques rues poussiéreuses, des maisons en préfabriqué, et un supermarché qui te fait regretter les rayons ta petite épicerie de quartier.

Exemple typique : Halls Creek, la “plus grande ville” à 400 kilomètres à la ronde d’un côté, et à 1000 kilomètres de l’autre. Ses 1600 habitants doivent affronter l’isolement dans toute sa splendeur.

Et entre ces “pôles urbains” ? Des centaines de kilomètres de vide. À tel point que je me surprends à signaler à Suzanne chaque vache aperçue dans les champs ou, plus morbide, chaque kangourou écrasé sur le bas-côté. Il y a aussi des pneus éclatés abandonnés, des carcasses de voitures rongées par le temps, et parfois même des vaches les quatre fers en l’air, mortes de faim ou à écrasées par un camion.

Ce vide, paradoxalement, nous apporte du temps. Cela nous permet de parler de plein de choses avec Suzanne dont on n’aurait jamais discuté avant. Souvenirs d’enfance, grandes questions, petits détails… Ces conversations improbables qu’on ne peut avoir que quand on se trouve sur une route infinie.

Enfin, on atteint Fitzroy Crossing, un bled minuscule et chaud, où le seul camping disponible facture un prix astronomique pour des installations très moyennes. Mais une piscine nous tend les bras. Et honnêtement, après une journée ce plouf me fait revivre.

Jour 7-10 : 5 heures de route, Fitzroy Crossing –> Broome
Initialement, on avait prévu de passer la nuit dans une toute petite ville appelée Derby. Mais après avoir fait le tour, aperçu la fameuse jetée qui était vendue comme l’endroit à voir et qui, au mieux, ressemblait à un site industriel (je vous laisse juger sur photo)… on a changé nos plans.

2 heures de route supplémentaires, et nous voilà à Broome. Après une semaine à changer d’endroit chaque soir, s’installer ici pour trois jours nous semble être une bénédiction. Broome, c’est un petit bout de paradis au milieu de nulle part, où les paysages de l’outback rencontrent la mer d’un bleu éclatant.

Et la suite ? Pas de panique, le prochain post arrive très bientôt !

Vous y découvrirez comment semer un crocodile de 7 mètres (astuce : il court vite, mais pas longtemps), pourquoi la 80 Mile Beach est bien plus grande que son nom l’indique et, surtout, comment les Anglais ont colonisé l’Australie en massacrant les Aborigènes.

À bientôt !

2 responses to “Sous le soleil écrasant de l’outback : chapitre I de notre roadtrip à travers l’Australie”

  1. Geoffroy Renard avatar
    Geoffroy Renard

    Je n’ose même pas compter le nombre d’heures passées dans votre van! Je pense que vous méritez chacun une médaille pour votre patience.

    C’est toujours aussi chouette et instructif de vous lire.

    Est-ce que Saint-Nicolas passe aussi en Australie?

    Liked by 1 person

    1. Merci beaucoup Geoff! Oui, Saint Nicolas est évidemment passé. Sinon on aurait traumatisé les enfants qui auraient pensé qu’ils n’étaient pas assez sages. Il est passé le 3 décembre en Australie. Explication des enfants pour ce passage à l’avance: les Fidjis c’était trop loin pour lui et il aurait dû faire un trop grand détour;-)

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