Fidji, au-delà des cartes postales

Je marche sur les rails qui servent à transporter la canne à sucre à côté de l’aéroport. Je viens de ramener notre voiture de location, et demain matin tôt, on quitte les îles Fidji. Peut-être que c’est le bon moment pour revenir sur tout ce qu’on a vécu sur cette île, qu’on a découverte presque par hasard…

Une guerre civile en Nouvelle-Calédonie et la faillite de l’aviation nationale à Vanuatu ont bouleversé nos plans. Finalement, ce plan C s’est avéré être une chance : quelques jours plus tard, un tremblement de terre meurtrier frappait Vanuatu. Comme quoi, parfois, le destin a ses raisons…

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ces îles nous ont littéralement conquis, non seulement par leur beauté à couper le souffle, mais aussi par la gentillesse des Fidjiens, leur sourire contagieux, et l’incroyable richesse de leur culture.

On y est resté 18 jours, partagés entre 2 expériences : une semaine sur une île paradisiaque pour nous reposer, et 10 jours consacrés à faire le tour complet de l’île principale en 4 étapes, afin de découvrir la vie quotidienne des Fidjiens.

Alors, j’ai décidé de vous raconter les Fidji en 11 points. 11 points qui m’ont intrigué, fait sourire, bluffé tant c’était beau et qui, j’espère, vous feront vivre les Fidji à travers nos yeux.

Les Fidji, tout le monde en a déjà entendu parler, mais peu savent vraiment où c’est.

C’est un endroit si isolé qu’on pourrait croire qu’il a été placé là exprès pour échapper au reste du monde. Spoiler alert : les Anglais ont quand même réussi à y poser leurs valises il y 175 ans, mais ça, je vous le raconte plus tard.

Situées à 3 000 km de l’Australie et 2 000 km de la Nouvelle-Zélande, les Fidji forment un archipel de 330 îles, dont seulement 110 sont habitées. Elles s’étendent sur une superficie totale de 18 300 km² et abritent seulement 900 000 habitants. Mais ce qui surprend, c’est que 85 % de la population se concentrent sur seulement 2 îles : Viti Levu, la plus grande (10 000 km² tout de même et 70% des habitants), qui abrite la capitale Suva, et Vanua Levu, 15% des habitants.

Vous comptez bien…cela veut dire que les 328 autres îles se partage une poignée de villages ou restent totalement inhabitées.

On ne va pas se mentir, les Fidji, c’est LA destination carte postale par excellence. Les plages de sable blanc, les cocotiers qui se balancent doucement sous la brise, les lagons turquoise,…

Oui, c’est pour ça qu’on y va.

En tout cas, c’est ce que les agences de voyage en disent. Mais laissez-moi vous dire :

Pour une fois elles ne mentent pas!

Parce que ce n’est pas juste beau, c’est surréaliste. Une fois les pieds dans ce sable doux ou plongés dans ces eaux tièdes à observer les poissons, tu réalises que tu es juste heureux. Le genre d’endroit où les filtres Instagram deviennent totalement inutiles.

Et comme les Fidji comptent plus de 5 000 km de côtes cela de la place pour se trouver un coin de paradis rien qu’à soi.

Quand on débarque aux Fidji, une chose saute rapidement aux oreilles : tout le monde parle un anglais impeccable. Pourtant, entre eux, les Fidjiens s’expriment souvent en fidjien ou en hindi, les 2 autres langues principales du pays. Mais dès l’école, c’est l’anglais qui règne en maître, grâce (ou à cause) de l’héritage colonial britannique.

Car oui, les Anglais ont réussi à coloniser ce bout de paradis perdu à 17 000 km de l’Angleterre. Rien que d’y penser, on a le vertige. Imaginez qu’en 1850, il fallait des mois de navigation pour poser le pied sur ces îles. Et pourtant, ils l’ont fait.

Mais bon, les pauvres Britanniques n’avaient alors « que » l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, l’Inde, Singapour ou encore la Jamaïque dans leur collection impériale. Alors pourquoi ne pas rajouter une ligne supplémentaire à leur CV colonial ?

Ce qui frappe, c’est que les Fidji ne sont pas tombées entre leurs mains à coups de batailles sanglantes. La cession des Fidji à la couronne britannique en 1874 s’est jouée sur fond de crise politique et d’une montagne de dettes. Le roi Cakobau, acculé par ses créanciers européens et incapable de rembourser, a échangé ses îles contre un peu de tranquillité financière. Pas très patriotique, le roi…

Pendant près d’un siècle, les Britanniques ont transformé l’archipel, important des milliers de travailleurs indiens pour cultiver la canne à sucre. Aujourd’hui, la communauté indienne représente environ 35 % de la population fidjienne. Pendant ce temps, ils administraient les Fidji tout en laissant les chefs autochtones préserver leurs traditions et leur mode de vie.

Cette dualité historique est encore visible dans le drapeau : entre l’Union Jack britannique et les symboles fidjiens.

Cet héritage linguistique fait des Fidjiens un peuple presque parfaitement bilingue, capable de passer sans effort du fidjien ou de l’hindi au “Queen’s English.” Pas mal pour un pays si isolé du reste du monde !

Tout n’est pas rose aux Fidji. Bien que l’archipel soit une destination de rêve, il reste marqué par des tensions historiques. Depuis l’indépendance en 1970, le pays a dû faire face à des divisions profondes entre deux grandes communautés : les iTaukei, les Fidjiens d’origine, et les Indo-Fidjiens, descendants des travailleurs indiens amenés par les Britanniques. Cette cohabitation n’a pas toujours été facile. Les iTaukei défendent farouchement leurs terres et leurs traditions, tandis que les Indo-Fidjiens luttent pour une place équitable dans la société.

Le pays a traversé plusieurs coups d’État en 1987, 2000 et 2006, illustrant les tensions persistantes. Depuis, un effort constant a été déployé pour unifier la nation sous une seule identité : celle de “Fidjien”, sans distinction d’origine. Mais cet équilibre entre tradition et modernité, entre les deux communautés, reste complexe.

Malgré ces divisions, les Fidji offrent un exemple fascinant de résilience et de coexistence. Trouver un terrain d’entente entre des peuples aux histoires et cultures distinctes reste un défi de taille. Et pourtant, l’expérience des Fidji montre qu’il est possible de vivre ensemble sans violence, en faisant preuve de compromis et en favorisant le dialogue.

Parce qu’au fond, la diversité peut être la force d’un peuple, et c’est dans cette diversité que réside la véritable richesse d’une nation. Mais aujourd’hui, on l’oublie bien souvent pour seulement se focaliser sur les différences.

On associe souvent les Fidji à la plage et au farniente, mais c’est oublier une autre facette tout aussi spectaculaire : la nature, sauvage et verdoyante.

Les Fidji, c’est une densité de végétation à couper le souffle. Dès que tu quittes les plages, tu es plongé dans un univers de jungles luxuriantes et de montagnes escarpées. L’archipel est constitué à près de 60 % de forêts tropicales, et environ 75 % de son territoire est montagneux, agissant comme une immense éponge, capturant l’humidité de l’océan pour nourrir cette végétation dense.

On a pu vraiment observer cela en parcourant Viti Levu, la plus grande île de l’archipel. Les routes qui longent les plages sont à couper le souffle, avec d’un côté la mer et de l’autre les montagnes couvertes de verdure à perte de vue. Et dès que tu t’aventures à l’intérieur des terres, tu es immédiatement plongé dans cet univers de végétation luxuriante !

6. Le sourire fidjien : une vraie carte postale vivante

Si vous avez un jour douté de la sincérité des sourires, les Fidjiens vous feront rapidement changer d’avis. Leur accueil est un véritable rayon de soleil, chaleureux et authentique, peu importe où vous allez.

Franchement, la manière dont ils te lancent un grand “Bula” (cela signifie bonjour) accompagné d’un sourire éclatant… Impossible de ne pas avoir le moral au beau fixe après ça.

Et ce n’est pas tout. Les Fidjiens ont cette incroyable habitude de chanter, danser et jouer d’un instrument à tout moment. Je ne sais pas combien de fois on a été surpris par quelqu’un qui se mettait à chanter calmement à côté de nous – et le mieux dans tout ça, c’est qu’ils chantent vraiment bien. Dans un petit village de 200 habitants, on est tombés sur une chorale de 30 ou 40 chanteurs, c’était complètement irréel. Et même à 21h, dans un restaurant d’une grande ville, la moitié des Fidjiens étaient déjà en train de danser ! C’est une ambiance contagieuse.

Dans mon classement mondialement reconnu des peuples les plus chaleureux, les Fidjiens décrochent la 1ere ou la 2eme place, en concurrence serrée avec les Birmans!

Il y a autre chose qui surprend à côté des plages de sable blanc et des lagons turquoise : les Fidji sont confrontées à des défis économiques importants : environ 30 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et dans les villages reculés, l’accès à l’eau potable ou à l’électricité reste limité. Les cyclones, comme Winston en 2016, aggravent la précarité de nombreuses familles, laissant des traces visibles dans les infrastructures et les modes de vie.

Pourtant, ce qui marque le plus, ce n’est pas leur niveau de vie matériel, mais une richesse plus intangible : leur bonheur.

Oui, ça semble cliché… mais c’est aussi une réalité partagée par de nombreux expatriés et voyageurs. En discutant avec des Fidjiens et des étrangers installés là, j’ai souvent entendu la même réponse : leur bonheur vient d’une philosophie de vie simple, axée sur le partage, la communauté et un lien profond avec la nature. Et cela se reflète dans des études mondiales sur le bonheur (comme celles de Gallup).

Le soir, tout le monde se réunit pour discuter, chanter ou jouer de la musique, et c’est souvent dans ces moments que l’on comprend ce qu’ils appellent le “Bula spirit”. Un mélange de joie, de convivialité et de gratitude qui semble imprégner leur culture tout entière.

C’est cette philosophie, bien plus que les paysages de carte postale, qui rend cet endroit véritablement unique.

8. La cérémonie du Kava

Commençons par l’essentiel : le Kava n’a absolument rien à voir avec le cava (malheureusement !). C’est aussi une boisson, mais c’est là que s’arrêtent les similitudes. Le Kava est une infusion préparée à partir des racines d’une plante de poivre local, pilées et mélangées avec de l’eau. Elle est préparée dans cette énorme vasque que vous voyez sur les photos. Et pour être tout à fait honnête, on ne comprend toujours pas comment ils ont pu en faire leur boisson nationale.

Alors pourquoi en parler, me direz-vous ? Eh bien, parce que le Kava est une véritable institution aux Fidji. En 18 jours sur l’île, on en a sans doute bu 6 ou 7 fois, tant il fait partie intégrante de l’hospitalité fidjienne. Lorsqu’on arrive dans un village, c’est un passage obligé. C’est un geste de respect et d’acceptation, un symbole d’accueil chaleureux.

La cérémonie qui accompagne la consommation du Kava suit un rituel bien précis, rythmé par des “bula” (le fameux “bonjour” fidjien) et des claquements de mains. Le tout crée une atmosphère conviviale et solennelle où chacun se sent respecté et bienvenu. Et je peux vous assurer que cette cérémonie n’est en aucun cas un simple attrape-touristes : elle fait partie du quotidien de tous les Fidjiens, qui la pratiquent tous, sans exception.

9. Nola a fêté ses 9 ans

L’anniversaire de Nola, un sujet qui la préoccupait, même avant le départ. Des questions comme : “Où serons-nous ?” ou “Est-ce que je vais avoir un cadeau? le jour de mon anniversaire” se bousculaient dans sa tête.

Même si elle était super enthousiaste à l’idée du voyage, cet anniversaire planait toujours un peu en toile de fond. Je peux vous dire qu’elle n’a pas été déçue. Au programme :

  • Petit déjeuner avec des chanteuses locales et, bien sûr, un gâteau
  • Journée en bateau au centre de l’île, avec visite de village, cascades et tubing dans les rivières
  • Dîner dans un restaurant italien à Suva, la capitale
  • Parcours de tyrolienne dans la forêt, offert par sa marraine.

Et nous, voilà parents d’une fille de 9 ans. Bon anniversaire, ma chérie ! Nous sommes tellement fiers de toi et de tout ce que tu es. On t’aime fort et on est heureux de pouvoir partager ces moments incroyables à tes côtés.

Il fut un temps où certaines tribus fidjiennes pratiquaient le cannibalisme. Pas pour calmer une petite fringale, mais pour des raisons spirituelles et guerrières. Battre un ennemi et dévorer une partie de lui signifiait absorber sa force, son courage, ou même son âme. Les rituels de victoire étaient aussi une façon de ridiculiser l’adversaire… jusqu’au bout, littéralement.

Bon, on se calme, tous les Fidjiens n’étaient pas adeptes du cannibalisme, et ce n’était pas leur passe-temps quotidien. C’était plutôt des pratiques réservées à des occasions très spécifiques, avec des chants et des rituels.

Au XIXe siècle, les missionnaires chrétiens ont débarqué avec leur Bible et leur “c’est mal de manger son prochain”. Ils ont convaincu les chefs de tribu d’abandonner ces pratiques en échange de religion et d’opportunités commerciales. Ensuite, la colonisation britannique a mis un point final au chapitre avec des lois interdisant toute forme de cannibalisme. Le dernier cas recensé date de 1870.

Pas besoin de vous faire un dessin : plonger ou snorkeler est incontournable lors d’un voyage aux Fidji. Avec 80 % de l’archipel immergé, autant dire que la véritable magie des Fidji se trouve sous l’eau, les amis. Et bonne nouvelle, pas besoin d’être un plongeur chevronné pour en profiter !

Devant notre hôtel, sur une petite île déserte, s’étendait 1 kilomètre de récif corallien accessible à seulement 50 cm de profondeur. Tous les jours on faisait donc nos petites sorties snorkelling…même Matteo s’est régalé.

Quant à moi, cela faisait une éternité que je n’avais pas enfilé une bouteille de plongée. Mais comme on dit, c’est comme le vélo : ça ne s’oublie pas. Et dès la première immersion, j’ai retrouvé cette sensation unique de plonger dans un autre monde. Là, entouré de bancs de poissons scintillants et de jardins de coraux, j’ai réalisé à quel point cela m’avait manqué. Sous l’eau, le temps semble s’arrêter, et chaque plongée est une leçon d’humilité face à la beauté et à la fragilité de la nature.

Vous l’aurez compris, notre séjour aux Fidji nous a enchantés, mais pour bien d’autres raisons que celles que l’on imagine habituellement.

Et pour ceux qui se disent “les Fidji pour mes prochaines vacances”, rappelez-vous que cela implique un décalage horaire de 11 heures et trois avions à prendre… donc oubliez les vacances de deux semaines à la va-vite.

Notre “365 Days of Summer” reste incroyable, parfois épuisant, mais sincèrement, plus on avance dans ce voyage, plus on prend la pleine mesure de la chance que nous avons de faire ce que l’on aime… et de le faire en famille.

On espère que ce post vous a plu. On vous embrasse et rendez-vous au Vietnam pour la prochaine étape !

One response to “Fidji, au-delà des cartes postales”

  1. Het is een waarlijk mooie filosofie: d’une philosophie de vie simple, axée sur le partage, la communauté et un lien profond avec la nature. Hopelijk hebben jullie een zakje met zaadjes mee, die je bij ons mag uitstrooien.
    We kunnen ervan leren.

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