Saucisses, guêpe, & cascades: chapitre III de notre odyssée brésilienne

5. Les états de Santa Catharina & Parana, 23 avril – 1 mai 2025

Pour notre cinquième grande région, cap sur le sud du Brésil. Première escale : Curitiba, capitale du Paraná.

Bon, soyons honnêtes : si vous n’en avez jamais entendu parler, vous n’êtes pas les seuls. Mais ici, elle a la cote. Une sorte de Zurich brésilienne – avec un peu plus de béton et un peu moins de chocolat. Beaucoup de Brésiliens m’ont confié que c’était « la meilleure ville pour vivre au Brésil».

Pourquoi ? Parce que, on peut y marcher sans regarder derrière soi toutes les trois secondes, peu de corruptions, des transports publics efficaces (vraiment), et un urbanisme qui a même été étudié dans des écoles d’archi à l’international. Rien que ça.

Alors oui, c’est agréable… mais on reste au Brésil. Avec nos yeux d’Européens, on n’a pas non plus été éblouis. Mais entre deux averses et un bel appart cosy, on en a profité pour se poser un peu. Ce qui ne nous a pas empêchés de découvrir deux ou trois petits bijoux architecturaux.

Mais c’est aussi du centre-ville que part le train panoramique Curitiba–Morretes, une petite ville côtière. Il est classé parmi les 25 plus beaux trajets ferroviaires du monde – et même si on ne les a pas tous testés, on peut dire que le décor est franchement sympa : vallées brumeuses, forêts tropicales qui s’accrochent aux falaises, train passant sur des crêtes rocheuses avec 500 m de dénivelé. Les enfants, eux, ont été moyennement excités par les 4 h de train.

Le lendemain, on récupère notre voiture de location et on descend vers le sud, direction Santa Catarina, terre de contrastes… et de bratwurst.

Oui, ici, l’héritage allemand ne se résume pas à trois mots sur un panneau de musée. Des villages aux maisons à colombages, Le plus grand Oktoberfest d’Amérique latine (et souvent présenté comme le deuxième plus grand au monde après Munich), des boulangeries qui vendent du strudel à côté de la goyave.

Bon, je vous vois déjà venir… Non, ce ne sont pas des anciens nazis. Raté. Cette immigration germanique remonte au XIXe siècle. À l’époque, des familles pauvres venues du Mecklembourg, de Poméranie ou du Hunsrück — des régions rurales du nord et de l’ouest de l’Allemagne actuelle — fuyaient la misère, les mauvaises récoltes et un avenir sans horizon. Et le Brésil, lui, tendait les bras. Pour repeupler son Sud, surtout après l’abolition progressive de l’esclavage, il proposait aux Européens des terres presque gratuites, et la promesse d’un nouveau départ. Beaucoup d’Allemands ont dit oui. Résultat ? Des villes, comme Blumenau ou Pomerode, aux allures bavaroises, et des Brésiliens qui chantent « Ein Prosit » comme si c’était dans leur ADN. Pour nous, après neuf mois de voyage, c’était presque exotique de manger une bonne grosse saucisse artisanale et de déguster une bière allemande bien fraîche.

Alors pour être franc, sur 2–3 semaines de vacances, pas besoin de venir ici. Mais après neuf mois, ça nous a bien fait rire. Et puis une fois sorti de l’ambiance allemande, tu te retrouves très facilement dans une ambiance jungle toute brésilienne.

Même si le Sud-Est (São Paulo, Rio…) reste historiquement la région la plus riche du pays, c’est bien ici, dans le Sud – au Paraná et à Santa Catarina – que les indicateurs de développement humain sont les plus élevés du Brésil. Les deux États figurent d’ailleurs dans le top 4 national de l’IDH. Routes décentes, infrastructures qui tiennent la route, villes mieux organisées : on sent que ça tourne un peu mieux qu’ailleurs. Peut-être un héritage de l’immigration européenne, peut-être juste un modèle local qui fonctionne? Mais c’est clair : le Sud du Brésil donne parfois l’impression d’un autre pays.

On finit la région par le vrai clou du spectacle pour les enfants – et il faut bien leur faire plaisir de temps en temps – c’était Beto Carrero World. Oui, c’est le nom. Et oui, c’est grand : le troisième plus grand parc d’attractions du monde (rien que ça). Fondé par un ancien cow-boy reconverti en entrepreneur de génie, le parc est un mélange improbable de Disneyland, folklore local et décors de western. Tu passes d’un château médiéval à un spectacle de pirates, puis tu manges un churros géant en regardant un spectacle de Madagascar. Kitsch à souhait. Mais pour 60 € à quatre, on ne demandait rien de plus. Résultat : 9 h de cris, de loopings, de popcorns – et un retour au Airbnb complètement crevés… mais heureux.

Dernière étape dans l’État du Paraná, avec un changement de décor total : exit les manèges, bonjour les merveilles naturelles — cap sur les mythiques chutes d’Iguaçu, parmi les plus spectaculaires au monde.

Iguacu, la guêpe et le pape

13h30: petit lunch rapide avant de partir découvrir les mythiques chutes d’Iguaçu. On se lève, le bus est sur le point de partir. Suzanne termine sa dernière gorgée de Coca-Cola quand, soudain, je l’entends crier. Une guêpe vient de la piquer… en pleine lèvre.

Panique. On file vers le dispensaire le plus proche. Une fois sur place, elle est prise en charge rapidement. On lui applique des soins, et on nous demande d’attendre une demi-heure pour s’assurer qu’il n’y ait pas de réaction allergique. La lèvre enfle, mais ça reste sous contrôle.

Pendant ce temps, le type du dispensaire suit avec ferveur la nomination du nouveau pape, Leon XIV, tout juste annoncée. Il est surexcité. Il me dit — le plus sérieusement du monde — qu’il espère que ce pape ne soit pas l’Antéchrist. Apparemment, une prophétie circule à ce sujet. Je tente de ne pas exploser de rire, surtout quand il ajoute : “La prédiction va peut-être se réaliser… ou pas.” Merci pour cette analyse, frère.

Je change doucement de sujet, avec tout le tact du monde. Pas question de me lancer dans un débat prophétique tropical. Alors j’embraye sur un de mes sujets favoris (non, pas le foot, trop facile) : le rôle de la religion au Brésil et son impact sur les élections. Jackpot. Le type adore en parler.

Il faut dire qu’au Brésil, impossible de marcher 300 mètres sans tomber sur un bâtiment marqué “Casa de Deus”. Ce sont des églises évangéliques, souvent installées dans de simples maisons. Dès qu’un nouveau quartier sort de terre, un temple évangélique suit. Officiellement, ce sont des églises. En réalité, des centres communautaires déguisés en ministères religieux, où on parle bien plus de prospérité que de spiritualité.

Aujourd’hui, plus de 30 % des Brésiliens se déclarent évangéliques pour seulement 51% de catholique. Une explosion fulgurante ces vingt dernières années, accompagnée d’un recul parallèle du catholicisme puisqu’ils étaient encore 90% en 1980. Ce n’est pas qu’une évolution religieuse : c’est une transformation culturelle et politique majeure. Les évangéliques prônent un retour aux “valeurs traditionnelles” : Dieu, la famille (version XIXe siècle), rejet du féminisme, des droits LGBTIQ+… Et bien sûr, ils défendent le droit de s’enrichir, pourvu que tu verses ta dîme et que tu fasses un petit don à l’église. Faut pas déconner !

Politiquement, cette mouvance a porté Jair Bolsonaro au pouvoir en 2018 (avec les mouvements économiques). Pour ceux qui auraient oublié : c’est le Trump brésilien. Homophobe, sexiste, raciste, nationaliste, autoritaire… Il coche toutes les cases. Son bilan ? Rien de positif à l’horizon. Un pays plus pauvre, 6 fois plus de permis d’armes délivrés (de 117 000 à plus de 673 000 entre 2018 et 2022), une image internationale ridicule, une déforestation amazonienne record, une gestion du COVID catastrophique avec 700 000 morts (le mec a nié la gravité du virus, promu des traitements inefficaces, et retardé les achats de vaccins), et des inégalités encore plus abyssales qu’avant. Même les milieux économiques ont fini par le lâcher. Il a tout de même réussi une chose : rendre les riches encore plus riches.

Et le plus beau : ce champion de la famille chrétienne a eu trois femmes, cinq enfants reconnus, des casseroles judiciaires… et pourtant, il continue de prêcher la morale divine à la télé. Je vous l’avais dit, c’est le Trump local.

Malgré ce CV apocalyptique, 49 % des électeurs ont voté pour lui en 2022. Lula a fini par l’emporter, mais le pays est fracturé comme jamais. Un Brésilien sur deux soutient la famille Bolsonaro, l’autre Lula. Et 70 % des gens avouent ne plus oser parler politique avec leurs proches. Ambiance.

Le type du dispensaire confirme tout ça. Et pendant ce temps, la lèvre de Suzanne gonfle un peu. Pas d’allergie grave, juste un beau volume façon Angelina Jolie. On décide de partir quand même. Les chutes n’attendent pas.

Les chutes d’Iguaçu, toujours plus haut, toujours plus fort

Iguaçu, ce n’est pas une chute d’eau. C’est un orchestre symphonique de 275 cascades, certaines atteignant 82 mètres de haut, perdues au cœur de deux parcs nationaux classés à l’UNESCO. Un des plus beaux sites naturels du monde. Élu en 2011 parmi les 7 nouvelles merveilles de la nature.

On y était déjà venus. Et pourtant… Reprendre une claque en pleine jungle, ça ne lasse pas. Ce lieu est magique. Quand je raconte aux enfants des histoires de forêts luxuriantes et de rivières enchantées, c’est à Iguaçu que je pense. Ça me rappelle toujours ce passage du Roi Lion, quand Simba grandit en mode chill avec Timon et Pumbaa. Oui, je sais, il faudrait que j’arrête d’étaler ma culture ciné dans ce blog. Ou pas 😉

Après la superbe balade le long des chutes, on reprend le bus pour rejoindre l’entrée. De là, on continue à pied sur la grande route. Et là, surprise : un hélico posé juste devant nous. Les enfants sont scotchés. Curieux, on s’approche du bâtiment voisin — c’est là qu’on réserve les survols.

On entre, en se disant que ce sera hors de prix. Le réceptionniste nous donne le tarif, nous dit qu’un départ est prévu dans cinq minutes… et devant notre hesitation nous offre une ristourne de 50 % pour les enfants. Trois minutes plus tard, on est dans l’hélico.

Décollage express. Virages en 8. Survol des chutes parmi les plus impressionnantes du monde. Un moment suspendu, gravé dans nos mémoires. Un vol en hélicoptère, c’est toujours une parenthèse d’adrénaline. Mais au-dessus d’Iguaçu, c’est aussi une immersion dans la beauté brute.

On descend de l’appareil, encore électrisés, le cœur léger.

Demain, on met cap au sud-ouest. Direction le Pantanal, l’un des plus beaux sanctuaires de vie sauvage au monde.

En attendant les jaguars, on vous embrasse !

Et pour le plaisir (ou pas), voici la lèvre de Suzanne, deux jours après sa rencontre avec une guêpe brésilienne!

2 responses to “Saucisses, guêpe, & cascades: chapitre III de notre odyssée brésilienne”

  1. Grégory Baye avatar

    Toujours un aussi beau récit, Merci de nous faire voyager ainsi👏😉

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    1. Merci Greg!!! Ca me fait plaisir que cela te plaise

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